Pourquoi je quitte Instagram et LinkedIn pour ma musique
Posté le 07 octobre 2026 par Actualités de ZiicZaac — 14 min
Comme musicien nomade, j'utilise la technologie lorsqu'elle m'aide à partager une musique acoustique, vivante et proche des gens.
Après deux années d'expérience, je choisis aujourd'hui de quitter Instagram et LinkedIn pour recentrer ma communication musicale sur mon site, YouTube et surtout les rencontres réelles.
Une vidéo YouTube surgie de nulle part
Il y a quelques semaines, j'étais à Tours lors d'une soirée, lorsqu'un ami m'a fait beaucoup rire. Il était stupéfait d'avoir vu surgir, comme par magie, une de mes vidéos en parcourant YouTube.
Je ne savais même pas qu'il suivait ma chaîne YouTube de musicien itinérant. Et lui, semblait l'avoir oublié aussi ;-) ! Cette mini vidéo lui avait été proposée, il l'avait regardée puis avait suivi le lien vers mon site. Il avait pris le temps de lire l'article et s'apprêtait maintenant à me dire ce qu'il en avait pensé. Nous avons parlé de mon style rédactionnel, de mes anecdotes et de la manière avec laquelle j'avais rendu hommage au lieu qui m'accueillait.
Cette discussion m'a fait particulièrement plaisir parce qu'elle portait précisément sur ce à quoi j'avais consacré le plus de temps : le texte lui-même.
La même petite vidéo avait été publiée sur Instagram. Elle avait reçu des cœurs, quelques partages et Instagram m'avait annoncé qu'elle avait touché plus de mille personnes, peut-être deux mille, jusqu'à Montréal qui sait...
Mais que peut signifier réellement le fait d'avoir "touché" quelqu'un à plusieurs milliers de kilomètres ?
Et surtout, personne n'était venu me parler de l'article.
Instagram permet à beaucoup d'artistes de faire connaître leur travail et certains y construisent probablement des relations très différentes des miennes. Mais cet épisode résume assez bien ce que j'observe depuis deux ans : lorsque quelqu'un veut réellement discuter de ce que j'écris, l'échange quitte presque toujours le réseau social.
Je l'avais déjà évoqué dans ma réflexion sur la technologie dans ma vie de musicien nomade. J'utilise beaucoup d'outils numériques et certains me donnent une liberté considérable lorsque je voyage entre la France et le sud de l'Europe. La question est finalement toujours la même : à quel moment un outil cesse-t-il de me faire gagner du temps pour commencer à m'en prendre ?
Cet été, à Persac, j'ai retrouvé cette question d'une manière beaucoup plus concrète.
Pendant que Toma Sidibé installait son matériel sur la scène de La Petite Parenthèse, nous nous sommes mis à parler de l'article que j'avais consacré au festival et à la marche musicale. Il m'a remercié et m'a raconté ce qui l'avait touché dans le texte. Les organisateurs du festival m'en ont également parlé de vive voix, avec beaucoup d'émotion.
Nous avons reparlé des personnes, des souvenirs de l'année précédente, du Grand Chemin et de ce que certaines anecdotes avaient réveillé chez eux. Ces discussions ont duré plusieurs minutes, là où un commentaire Instagram ne représente souvent que quelques secondes.
Je me suis fait une réflexion assez amusante après coup : une conversation de dix minutes autour d'un article contient finalement peut-être plus de mots que l'article lui-même.
J'avais raconté cette histoire dans La Petite Parenthèse 2026 et ma marche musicale à Persac.
L'article est sur Internet, accessible à tout le monde. Et chaque vue peut être décomptée, certes. Mais ce qu'il génère dans la vraie vie est beaucoup plus difficile à mesurer. Cela se passe entre des humains qui se connectent.. vraiment ! Et ça, ça ne se mesure pas, ne se décompte pas.
Quand la communication prend plus de place que la musique
J'ai rencontré ces dernières années beaucoup de musiciens lors de scènes ouvertes, de concerts ou d’afters, d’impros. Nous faisons souvent ce qui est devenu presque naturel : nous échangeons nos Instagram.
C'est pratique. On retrouve le nom de l'autre, quelques vidéos, quelques concerts. Puis, lorsque nous commençons réellement à nous connaître, quelque chose d'assez drôle se produit : nous ne nous parlons presque jamais sur Instagram. Nous nous envoyons des SMS. Nous nous appelons. Et surtout, nous nous retrouvons pour jouer.
Nous possédons tous les deux un compte sur un réseau censé nous relier, mais la relation, elle, prend très vite un autre chemin.
Je retrouve là quelque chose de ma philosophie de la musique acoustique. Je joue sans micro ni scène parce que je cherche une relation immédiate avec le lieu et les personnes. Cette approche, que j'ai aussi développée en expliquant pourquoi je joue sans ampli, guide mes concerts acoustiques nomades dans les villages, les marchés, les festivals, les cocktails ou les mariages où une musique mobile et non amplifiée peut réellement trouver sa place.
Il me paraît assez étrange de défendre cette proximité dans ma musique tout en consacrant une part croissante de mon temps à entretenir une présence distante.
Je crois que c'est pendant la préparation de La Petite Parenthèse 2025 que j'ai commencé à mesurer réellement cette contradiction. J'avais voulu réaliser une vidéo d'une trentaine de secondes pour présenter le festival et accompagner l'article que j'avais écrit.
Je débutais dans le montage et j'étais lent, très lent. J'avais cherché différents plans, travaillé le rythme et fait apparaître moi-même les mots au moment où je les prononçais. Je voulais quelque chose de vivant, avec ma manière de raconter, plutôt qu'une succession d'images assemblées automatiquement.
J'y ai passé un temps considérable. Des heures, et probablement des journées si j'additionne l'apprentissage, les essais, les erreurs et les corrections.
Puis j'ai découvert les statistiques.
La vidéo d'une trentaine de secondes était regardée en moyenne une quinzaine de secondes.
Quinze secondes.
J'ai aussi découvert qu'il ne suffisait pas de publier la vidéo pour permettre aux gens d'aller lire l'article. Il fallait comprendre où placer le lien, utiliser une story, renvoyer vers la biographie et apprendre les habitudes propres à la plateforme. Je voulais simplement donner envie de lire un texte et je me retrouvais à apprendre toute une mécanique de diffusion.
C'est à ce moment-là que je me suis senti un peu pris au piège.
Cette année, j'ai beaucoup progressé. Je monte plus vite, je connais mieux les outils et j'ai surtout appris à en faire moins. J'ai davantage conscience du juste milieu entre l'utile, le trop et le trop peu.
Je pensais donc que le sentiment assez désagréable éprouvé l'année précédente disparaîtrait naturellement avec l'expérience. Il ne s'est pas vraiment estompé. C'est bizarre, mais même en étant plus efficace, j'avais encore la sensation de consacrer beaucoup trop de temps à cette communication par rapport à ce qu'elle apportait réellement à ma musique, à mes articles et aux échanges qui en découlent.
Pour un artiste, la question n'est donc pas seulement de savoir combien de personnes une publication peut atteindre. Elle est aussi de savoir ce que cette visibilité produit réellement et combien de temps il faut lui consacrer.
Dans mon cas, les échanges les plus riches autour de mes textes et de mes concerts naissent majoritairement du bouche-à-oreille, d'une rencontre, d'un SMS, d'un mail ou d'une conversation. Ce constat ne vaut pas pour tous les musiciens. Il décrit simplement la manière dont mon propre projet s'est construit.
Un musicien nomade ne peut pas rester partout
Cette question du temps prend une autre dimension depuis que je vis davantage sur la route.
Je voyage entre la France et le Sud de l'Europe. Je passe quelques jours dans une ville, quelques semaines dans une région, puis je repars. Je suis accueilli chez des amis, chez des musiciens ou parfois chez des personnes rencontrées en chemin. Je joue dans des parcs, sur des marchés, dans des villages, lors de festivals et d'événements privés.
Lorsque je suis quelque part, j'ai de plus en plus envie d'y être vraiment, d'être pleinement présent, précisément parce que je sais que je vais repartir.
Les réseaux sociaux offrent quelque chose d'assez extraordinaire : ils permettent de rester simultanément en contact avec des personnes rencontrées dans des villes, des pays et des périodes complètement différents. Mais cette possibilité a aussi son revers.
Dix ou vingt minutes passées à suivre une conversation située à plusieurs centaines de kilomètres sont aussi dix ou vingt minutes pendant lesquelles je suis moins présent avec les personnes qui se trouvent autour de moi.
Cela peut être quelqu'un qui m'héberge ce soir-là, un musicien avec lequel je pourrais jouer, une conversation autour d'une table ou simplement une promenade, sur un chemin, seul ou avec ma guitare.
Paradoxalement, le nomadisme nous apprend que pour pouvoir vivre de belles rencontres, il faut accepter de reprendre la route sans tarder.
Je perçois également l'importance du contact direct lorsqu'on me sollicite pour une prestation musicale. Les demandes arrivent souvent par recommandation, par bouche-à-oreille. Une personne m'a entendu sur un marché. Quelqu'un a parlé de moi à un organisateur. Un ami transmet mon numéro à un autre.
On me demande parfois une ou deux vidéos. Puis, assez rapidement, nous nous téléphonons.
En dix minutes de conversation, je peux expliquer ma manière de jouer, entièrement acoustique, sans sonorisation, en mouvement et au plus près des invités. La personne me raconte son mariage, son cocktail, son festival, son marché ou le lieu dans lequel il imagine la musique.
Nous parlons de l'espace, du nombre de personnes, de l'ambiance recherchée. Très vite, nous savons si cette manière de faire de la musique peut correspondre à l'événement.
Cette conversation n'apparaît dans aucune statistique. Elle peut pourtant conduire quelques semaines plus tard à plusieurs heures de musique et à de nouvelles rencontres.
Sur les marchés et pendant mes balades musicales, les gens viennent aussi régulièrement me parler après quelques chansons. Certains me demandent où je jouerai ensuite. D'autres me suggèrent un village, un marché ou un festival où ils pensent que ma musique pourrait trouver sa place.
Sur ma guitare, j'ai collé un QR code qui renvoie vers mon site. Je me fabrique aussi régulièrement quelques cartes de visite, avec de simples morceaux de carton brun. Au Posca blanc, j'y écris l'adresse de mon site internet. J'y dessine quelques notes qui s'envolent et quelques pas qui s'éloignent.
C'est tout.
Après une balade musicale ou quelques chansons sur un marché, quelqu'un prend parfois cette petite carte. D'autres scannent directement la guitare. Certains me recontactent. Ils me proposent un endroit où jouer, transmettent mon nom ou viennent ensuite me retrouver lors d'un autre événement.
Beaucoup ne donneront probablement jamais de nouvelles, et cela me convient aussi. Nous aurons partagé quelques chansons, quelques mots et un moment.
Questions fréquentes
Pourquoi arrêter Instagram et LinkedIn comme musicien ?
Je ne quitte pas Instagram et LinkedIn parce que je considère ces plateformes comme mauvaises ou inutiles. Après les avoir utilisées, je constate simplement qu'elles demandent dans ma pratique beaucoup de temps pour relativement peu d'échanges autour de mes articles et de mes concerts.
Le bouche-à-oreille, mon site et les conversations directes correspondent davantage à ma manière actuelle de vivre et de faire de la musique.
Vais-je disparaître des outils numériques ?
Non. Mon site restera le centre de ma communication et je continuerai à utiliser YouTube lorsqu'une vidéo apporte réellement quelque chose à un morceau ou permet de conduire naturellement vers un article.
Je ne cherche donc pas à refuser la technologie. Je cherche plutôt à choisir les outils auxquels j'ai envie de donner du temps.
Comment ma musique se fait-elle connaître sans réseaux sociaux ?
Principalement par les rencontres, les recommandations et le bouche-à-oreille. Des personnes m'entendent jouer sur un marché, lors d'un festival, d'une balade musicale, d'un mariage ou d'un cocktail, puis transmettent parfois mon nom à quelqu'un d'autre.
Mon site permet ensuite de retrouver mon univers, mes articles, quelques vidéos et un moyen de me contacter directement.
Choisir où je veux être présent
C'est finalement pour cela que je quitte Instagram et LinkedIn. Non pour disparaître du monde numérique, mais pour laisser davantage de place à ma musique, à mon écriture et surtout aux personnes avec lesquelles je partage réellement un moment.
Je ne sais pas si cette décision rendra Ziic Zaac plus ou moins visible. Ce n'est peut-être même pas la bonne question.
Je continuerai à écrire sur mon site, à publier quelques vidéos lorsqu'elles auront une raison d'exister et à envoyer directement un article à quelqu'un lorsque je pense qu'il peut l'intéresser. Pour le reste, ma musique continuera probablement à voyager comme elle le fait déjà.
Quelqu'un entendra quelques chansons.
Nous discuterons.
Il parlera peut-être de moi à une autre personne.
Je reprendrai la route.